Archéologie du Lac Raymond I Projet en cours de production






Réalisation du moulage d’une portion de la plage du Lac Raymond suivant la fonte des neiges et les inondations qui s’en suivent. Cette étapes constituent les fondements d’un nouveau corpus de travail actuellement en développement. Le geste du moulage a révélé une série d’indices témoignant à la fois du mouvement inhabituel des eaux et de la présence des corps qui habitent ce territoire. Cette prise d’empreinte agit comme un dispositif de captation permettant de fixer un état précis de la surface du rivage. Par sa dimension performative, elle saisit un moment du paysage tout en révélant sa dimension corporelle : une morphologie affectée par les changements climatiques, une géographie marquée par les entailles, les érosions et les déplacements de matière. Les fragments aujourd’hui déposés dans mon atelier constituent les témoins sensibles de ces transformations.

Cette impulsion initiale a donné lieu à une série de gestes nécessitant ma présence sur le site ainsi qu’un engagement soutenu envers le lieu. Dans la documentation qui accompagne mon geste, une série d’images retracent les étapes de moulage et de démoulage. Les couleurs associées aux différents temps de coulée servent de repères lors du démoulage, permettant d’identifier les limites entre les différentes sections afin qu’elles puissent être séparées puis réassemblées ultérieurement à l’atelier.



L’empreinte conserve également les traces de ma propre présence sur le site. À l’observation de sa surface, on distingue notamment l’empreinte inversée de mes pieds, enfoncés sous le poids du plâtre lors de la coulée et aujourd’hui extrudés comme s’ils émergeaient du dessous du sol. À travers ce piétinement apparaissent également les traces d’un animal dont la présence, passée inaperçue au moment du moulage, se trouve révélée hors site et hors temps. Dans son renversement, cette géologie du rivage évoque une forme de peau, un épiderme traversé par des signes, des passages et des altérations.

Cette première intervention sur un site spécifique marque un tournant dans ma pratique sculpturale. Depuis plusieurs années, mon travail en atelier s’intéresse à l’empreinte du vivant à travers les procédés de moulage. Historiquement associé à l’étude du corps, à la mémoire ou encore aux usages funéraires, le moulage possède une capacité singulière à fixer, par contact, une présence vouée à disparaître. Dans ma démarche, il ne s’agit toutefois pas d’un outil de reproduction, mais plutôt d’un moyen de transformation. Le moulage agit comme un mécanisme de translation entre les matières, permettant à une substance d’en devenir une autre et de générer des formes hybrides, instables et difficilement identifiables.

Après le prélèvement sur le terrain, les fragments ont été transportés à l’atelier, où j’ai pu reconstituer la forme originale. Présentées à l’envers, les différentes sections permettent une lecture de l’empreinte dans laquelle les creux deviennent des saillies et les proéminences se transforment en aspérités. Cette inversion du réel constitue l’un des aspects fondamentaux du projet. Elle opère un renversement perceptuel qui déplace notre rapport au paysage et à sa matérialité, transformant la surface documentée en une forme sculpturale autonome.

Du point de vue technique, ce projet a nécessité un important travail in situ. Dans un premier temps, avant le retrait des eaux, un périmètre de protection a été installé afin de préserver la plage des traces humaines et des passages répétés. Dès que la surface fut suffisamment asséchée, j’ai transporté sur le site près de deux mille cinq cents livres de poudre de gypse afin d’entreprendre le travail de moulage. Cette matière a été retenue en raison de sa compatibilité avec le milieu et de son faible impact environnemental.

La réalisation du moulage s’est échelonnée sur plusieurs jours et a nécessité de nombreux allers-retours entre le site et l’atelier. Le dosage des mélanges a été effectué avec précision afin d’obtenir une consistance adéquate aux exigences du terrain. Les coulées successives, réalisées par chevauchement, ont été appliquées avec soin. Des marqueurs ont également été intégrés aux différentes sections afin de faciliter leur identification, leur démontage et leur réassemblage ultérieur en atelier.

La coulée finale de l’œuvre est en cours de réalisation.